Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de brosser l’épaule d’un des plus anciens, respectés et couronnés des entraîneurs, j’ai nommé le vieux Ferguson. C’était intéressant de le voir ainsi en nature, dans les couloirs secrets d’Old Trafford, se dépêchant de rejoindre sa conférence de presse pour jubiler dans sa manière typique d’une douche écossaise. En nature, le bonhomme est moins grand qu’il paraît à l’écran, plus joufflu qu’autre chose, et, passion de vin obligeant, les joues roses bien en vue. En privé, il aura certainement sorti un autre grand cru du placard en fin de soirée pour fêter les 6 points, gage de réservation pour une place pour les huitièmes de finales. En public, il garde un air très sérieux, grincheux presque, ce qui n’encourage pas les petits jeunes tels que nous à l’approcher; Izno, jet-setteur qu’il est, aurait sans doute mieux fait dans la circonstance, je l’admets.

Mais reculons d’un pas pour mieux situer cet article. En effet, la providence a de nouveau souri à votre serviteur Yohan, grâce aux bons contacts de mon bon pote mancunien (voyez, la passion est compatible avec l’amitié), me permettant d’assister à ce replay du grand classique que fût la gifle (7:1) infligée par les Red Devils aux romains la saison passé.

Old Trafford m’accueillait donc dans ses bras. Ce sont des bras costauds, avec des tatouages, des bras d’hommes brut de fonderie quoi. Si Manchester la ville a quelque peu évolué depuis ma dernière visite, dégageant (en tous cas au centre de la ville) un air de modernité relative, ainsi qu’un bon nombre d’hommes d’affaires en vue, son noyau dur reste quand même celui d’une ville nordiste, donc avec un visage plus dur, ridé par la vie, que celui de la capitale. Ceci se ressent aussi dans le profil du fan moyen, qui a certes été dilué par l’embourgeoisement de son public vu les prix des billets, mais qui garde une racine pure et dure. Si les chants sont peut-être plus hésitants aussi (au milieu de la première mi-temps, on entendait plus les fans romains dans leur box), quand la sauce prend, c’est tout le stade qui s’y adonne.

Cette dimension de virilité relative se ressent aussi sur le terrain. Manchester a vaincu la Roma, mais beaucoup ici (dans la presse, londonienne, signalons le quand même) se plaignent que l’actuelle équipe manque de la fluidité. Ces scribes sont soucieux si la qualité technique et le potentiel explosif qui rendait les Reds de Manchester si dangereux et attrayants la saison passée sont toujours présents. Pour ma part, par rapport à que j’ai pu observer pendant la rencontre; il n y a pas beaucoup de soucis à se faire. Les nouvelles recrues se sont très bien intégrées dans la philosophie du jeu, notamment Nani qui montre beaucoup d’initiative (son action qui donne un centre en louche qui retombe sur la barre n’était même pas suivi par le reste de l’équipe, tant c’était couillu), et dans une moindre mesure Tevez et Anderson. On constate aussi beaucoup plus de confiance dans le contrôle et la gestion du ballon, qui s’est manifesté tout au long de la rencontre, même en défense, avec l’exception de Vidic qui était quelque peu nerveux par moments.

En ce concerne le potentiel offensif, il est toujours aussi redoutable. Il est vrai qu’il y n’y a eu que 4 tirs cadrés, mais il ne faut pas oublier aussi qu’en face, l’opposition romaine était parée pour résister et casser le jeu mancunien. Nani et Ronaldo offrent des solutions par les côtés (ainsi que de la fantaisie – autre exemple : le but annulé de Ronaldo par coup de talon), Carrick est en train de gagner de la confiance et prends plus facilement ses responsabilités quand il s’agit de tirer de loin (comme il l’a d’ailleurs très bien fait la saison passé) et les attaquants – Rooney, Tevez, Saha et Andersson - n’ont aucun doute par rapport à leur mission qui est de prendre l’assaut des buts adverses par quelconque moyen possible. Frappes de prêt ou de loin, dribbles, centre brossés pour jeu de tête, tout y est, et Fergie peut à nouveau rêver à la coupe aux grandes oreilles.

Sur ce point de son identité sportive, Manchester United, machine rodée du nouveau capitalisme footballistique, pionnier dans la matière, n’a guère de temps pour les soucis existentialistes du beau jeu. Offensif, certes (Sven n’aura jamais beaucoup de fans ici, encore moins maintenant qu’il entraîne City), mais tous les moyens sont bons, comme à Madrid. Ici, c’est le cœur et la sueur qui comptent, la manière c’est bien si on peut, mais l’important c’est de gagner, et si cela arrive par un rebond du genou de John O’Shea, c’est bon, on prend aussi.

Cependant, la prestation des Romains doit aussi être reconnue, car sans leurs efforts et la qualité offerte, la rencontre n’aurait pas été aussi intéressante. Dès le début, les giallorossis ont montré un visage offensif, mais avec une grande maitrise, et surtout une concentration accrue dans le jeu défensif. En possession du ballon, on voyait qu’ils tendaient vers un jeu fluide à une touche de balle, qui leur permettait à la fois de conserver le ballon (et de dérouter Manchester) mais aussi d’approcher les buts mancuniens. Ils ont ainsi eu plus de tirs (13 en tous contre 10 de Man U, dont 5 cadrés), preuve qu’il y avait véritablement une envie de ne pas se laisser impressionner par les anglais. Perrotta, De Rossi, Aquilani et Pizarro ont fait un très bon travail au milieu, il aura manqué à Rome tout simplement un peu plus de présence d’esprit dans la finition. Totti et Mancini était relativement au dessous de leur rendement habituel, mais Spalletti pourra repartir avec la satisfaction que la Rome a montré un visage qui lui permet de prétendre à une place parmi les grands.